Lille Capitale des projets à la con

Capitale Mondiale du DesignA la suite des chercheur.es ou encore des associations, l'Agence de développement et d'urbanisme vient de pointer l'ancrage des inégalités sociales dans la métropole. Pourtant, la Métropole Européenne de Lille continue d'ignorer cet état de fait, préférant fêter ses 50 ans, 50 ans de transformations urbaines, 50 ans d'embourgeoisement, 50 ans de renforcement des inégalités sociales, et 50 ans de projets toujours plus délirants. Tour d'horizon (non exhaustif) des projets « attractifs », « urbanistiques » et « inutiles ».

Allez, venez chez nous...Y’a pas photo !

Alors que la Maison de la photo située à Fives vient de perdre sa sub’ municipale, Xavier Bertrand, président de Région, sort de son chapeau l’Institut de la photo. Et le Xavier met les petits plats dans les grands. Le budget culture régional est passé ainsi de 70 à 83 millions cette année. Sur cette somme, sont comptés 1,5 million pour le futur institut de la photo, puis 3 millions dès l’année prochaine. Pas peu fier, Xavier Bertrand justifie la somme par une équipe de gens supposément connue. Ainsi, au sein du conseil d’administration de l’association, on retrouve le producteur de cinéma Marin Karmitz ou encore la collectionneur suisse Luc Estenne. À la tête de l’association ? Anne Lacoste, ancienne conservatrice du Getty Museum de Los Angles. Pour implanter le lieu, la Région recherche un espace à réhabiliter de 3 500 m² au minimum. Loos, Roubaix et Lille sont notamment sur les rangs. À la vitesse où les pouvoirs publics expulsent et rasent des quartiers entiers, c’est pas la place qui va manquer.

Les olympiades des projets inutiles

Alors que l'organisation de la Coupe Davis au Grand Stade a coûté 500 000 euros à la MEL, elle ne souhaite pas s'arrêter en si bon chemin. Après le championnat du monde de hand-ball, les championnats d'Europe d'Athlétisme ou encore plusieurs matchs de l'Euro 2016 de football, la MEL continue de s'engouffrer dans la brèche. Ainsi, la métropole est candidate pour accueillir quatre matchs des tournois masculin et féminin de handball des Jeux Olympiques 2014 se déroulant à Paris. Une manière de justifier un stade à 324 millions d'euros qui tournera à vide si le Losc descend en ligue 2 ? Ou de donner l'occasion au patronat local d'échanger des cartes de visite et aux élu.es d'afficher leurs binettes à la téloch' ?

Laisse béton

Lors de ses voeux à la presse, la maire de Lille a annoncé les projets phares de son mandat, dont la candidature de Lille pour devenir... tenez-vous bien... Capitale Verte de l'Europe pour 2021. Martine Aubry, lucide, précise que "cela peut prêter à sourire". C'est que Martine Aubry connaît un tant soit peu sa ville. En effet, Lille, avec 13,5m² d'espaces verts publics par habitant.e, se trouve très largement en-dessous de la moyenne des 50 plus grandes villes françaises, 48 m². Dans le même temps, la ville annonce 19m². C'est que Lille compte comme "espaces verts" les bords de routes, les cimetières de la ville. Pour pousser la candidature de la ville, Martine Aubry va-t-elle abandonner son projet sur la friche Saint Sauveur ? Celle-ci correspond actuellement à 26 hectares d'espaces verts, qui passeront à 10 hectares à peine, le reste sera bitumé. Et encore, la ville prend en compte les futurs places et toits végétalisés. Du béton vert ?

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Un boboquartier le long de la Deûle

Sur les Rives de la Haute-Deûle, la MEL prévoit la création d'un nouveau quartier. Et pas de n'importe quel type, un ECO-QUARTIER... soit un repère de bobos souhaitant se donner bonne conscience avec trois panneaux solaires et un entre-soi de gens partageant leur compost. Le projet coûte la bagatelle de 65 millions d'euros, dont 28 millions d'euros versés par la MEL.

Le réaménagement de l'espace représente un total 356 000 m². Pour situer l'espace, il se situe à l'ouest de Lille, à quelques pas d'Euratechnologies. On est rassuré.es pour les cadres dynamiques écolo-tarfuffes en mal de logement déculpabilisant.

Lillenium…

« Disruptif et terriblement moderne » annonce le promoteur Vicity pour présenter Lillenium, son grand projet de centre commercial qui verra le jour en 2019 en face du Comico de Lille-Sud. Le chantier de 56 000 m2, chiffré à 250 millions d’euros, a été inauguré en décembre dernier en présence du gratin local : Aubry, De Saintignon, Castelain, Michel-Édouard Leclerc… Aubry s’est réjouie que les 24 000 habitant.es du quartier, privé.es de la grande distribution à proximité depuis la fermeture de l’Intermarché en 2015, y aient de nouveau accès. Avec son adjoint, elle a célébré les emplois que la construction et le fonctionnement du centre commercial ne vont pas manquer de créer… Le crédo est connu : il doit permettre de « redynamiser » le quartier. Et sur le site du promoteur, un clip vidéo annonce la couleur : des blancs branchés souriants, partageant des moments heureux autour de plats très sophistiqués façon grande cuisine. Pas besoin d’être un.e grand.e militant.e pour déceler le projet de remplacer la population actuelle devenue indésirable. Ce dézingage du quartier s'appuie sur l'arsenal classique du bon petit gentrifieur : projet de requalification par démolition, installation du Grand Sud - équipement culturel labellisé hipsters-, « Faubourg des Modes », pépinière d'artisans en recherche d’une clientèle assez solvable pour leurs produits de luxe… Pour boucler la boucle, Lillenium, est en partie financé par la Caisse des Dépôts et Consignations et l’ANRU. Public, privé, main dans la main pour faire de Lille Sud un quartier "attractif"... vidé de ses pauvres [cf. p.12]

 

Un biotope de consolation

Pour le 50e anniversaire de la MEL, Damien Castelain, son président, vient d'annoncer la délocalisation de l'intercommunalité. Actuellement localisée rue du Ballon, la MEL profite de l'échec - prévisible et anticipé - du projet lillois d'obtention de l'Agence européenne du médicament pour récupérer le bâtiment initalement prévu, le Biotope. Celui-ci sera situé près du siège de région, et coûtera en location la bagatelle de 112 millions d'euros sur 18 ans. Pour faire avaler la pilule, Damien Castelain pointe la vétusté du bâtiment actuel et l'étroitesse des locaux, mais aussi les économies que représenteraient le Biotope. Pour appuyer sa thèse, la MEL présente trois options : la première, la réhabilitation du bâtiment actuel, possédé par la MEL, pour 140 millions d'euros. La seconde, construire une "tour géante" pour 165 millions d'euros. La troisième, louer - à perte - à Bouygues le biotope pour un total de 112 millions d'euros sur 18 ans (estimation de la MEL). À croire que les collectivités locales ouvrent grand leurs poches aux entreprises privées…

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Le pavillon de la justice

Le "célèbre" architecte néerlandais Rem Koolhaas, bien connu à Lille pour la monstruosité qu'est Euralille, va pouvoir continuer de défigurer le paysage lillois. Il vient d'être sélectionné pour construire le nouveau Palais de Justice, projet qui coûtera la modique somme de 100 millions d'euros. Celui-ci devrait prendre place sur la plaine Winston Churchill, séparant le Vieux-Lille de La Madeleine. Sur l'espace occupé par le bâtiment, Martine Aubry nous rassure : Le projet d'OMA est très élégant, très compact (il) n'occupera que 6 000 m² au sol. Ce sera comme un pavillon dans un parc". Un Pavillon ? Et pourquoi pas une cabane aussi ? Le chantier devrait commencer en 2020, pour une livraison en 2023. Encore un projet qui s'inscrit dans le verdissement de la ville.

 

Les renards de surfaces insalubres

Vous avez peut être croisé sortant du Flow, dans le quartier de Moulins, emmené par un guide, un petit groupe tête en l’air. Le collectif Renard organise des visites du quartier. Derrière les murs visités, l’histoire de bâtiments et de gens dont on ne parle pas. Sur les murs de la rue de Maubeuge et boulevard J.-B. Lebas, les bâtiments insalubres sont repeints par le collectif. Peu importe que les habitant.es vivent un enfer et que les fresques cachent les moisissures, le collectif peint et repeint… l’art joue comme d’habitude à Lille son rôle d’écran de fumé d’une réalité glaçante. Le guide exprime la philosophie du collectif : « Nous on considère que tout ce qui est rare est cher, et si on met des fresques à tous les coins de rue ça perd de sa valeur. Alors des fois on rénove, plutôt que d’en faire de nouveau. » Comprenez les fresques, pas les bâtiments [cf.encadré p.22] De l’autre coté du boulevard, le collectif à eu l’autorisation de peindre sur la façade du bâtiment Jean Macé. Réhabilitation esthétique d’un bâtiment que la mairie vient tout juste de vendre pour 13 millions d’euros à un promoteur immobilier. Le guide s’emporte et semble bien au courant de la futur vente par la mairie. Proche du pouvoir, à vouloir taguer, on en apprend sur les bâtiments. Une nouvelle caste autorisée à détourner l’espace public se crée.

Le collectif ne fait pas l’unanimité. Après avoir affiché leur slogan sur un mur : « L’art est dans la rue. L’art aidant la rue », une personne l’a détourné, inscrivant : « L’art est dans l’argent. L’argent aidant l’art ». Heureusement, la mairie veille au grain de sa poule aux œufs d’or. Les agents de la mairie viennent régulièrement repeindre la fresque. Expliquant qu’ils ont pour ordre d’effacer « en priorité les tags politiques ». Ils ont malheureusement la main lourde, le petit oiseau dessiné y perd ses pattes. Il gagne néanmoins une notoriété et est recouvert d’un sanglant « Art officiel d’Etat » !

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