La censure m’habite
Yves Frémion et Bernard Joubert sont d’aimables zozos. C’est en 1989 qu’ils publient Images Interdites, qui reste à ce jour la plus surprenante et joviale étude sur la censure qu’il ait été autorisé de paraître. Vu de mon point de vue, bien sûr… La couverture, du regretté Topor, représente ou bien un volcan éruptif ou le ventre d’une femme nue, selon le regard qu’on a.
En 125 pages format BD, ils font découvrir à l’hypocrite lecteur, frère et semblable de Baudelaire, comment le XX° Siècle s’y est pris pour couper, découper, saucissonner, rayer, rhabiller, cacher, voiler, effacer, ne pas écrire, ne pas dire, ni dessiner, ni mettre en scène, ni afficher ce qui avait un jour défrisé un poil, choqué l’une ou l’un d’entre nous, voire nous tous.
La censure, alors, comment ça marche ? Y a t’ il un groupe de gens en France et ailleurs qui vise toute publication puis l’interdit le cas échéant, ou bien avons-nous d’abord la liberté d’écrire tout, tant que personne ne moufte ? Eh bien, chère lectrice, cher lecteur, un peu des deux. « Atteinte a la liberté d’expression ou protection d’intérêts privés ou publics ? La motivation de nos censeurs est parfois difficile à discerner (…) La censure apparaît en fin de compte sous son vrai visage : dérisoire et risible », conclut l’avant-propos de l’ouvrage.
Cinéma, BD, presse, affichage, jaquettes : les voix si pénétrables des médias du siècle passé sont portées en écho par ces archéologues du Bon-goût Officiel. Véritables historiens de la censure et de son corollaire, la propagande, ces deux pros de l’image nous servent par le menu, les codex, décrets et classifications X qui tracent, en France et aux USA, le contour de cette horrible fée, celle aux grands ciseaux. « Je remercie mes parents de m’avoir appris à lire dans des livres interdits aux enfants », écrit B. Joubert en exergue de cette étude. A la parcourir avec tant de surprise et de joie, on aimerait tous pouvoir en dire autant. Peut-être même toutes ? S. L. Y. Frémion ; B. Joubert. Images Interdites, éd. Syros Alternatives, 1989, Paris.

