Les féministes et le garçon arabe
Dans la première partie du bouquin, Eric Macé s’interroge sur ce féminisme « laïque » et « républicain » défendue dans les mass media par nombre d’intellectuels femmes et hommes. Loin des luttes féministes des années d’émancipation qui cherchaient à se débarrasser de cette idée de femme « naturelle » (qui torche les gosses et lave le linge), le féminisme « républicain » reproduit une nouvelle image standard d’une femme qui serait : « égale mais différente ». Comprendre : rouge à lèvre, minijupe, objet de désir qui a « naturellement » l’amour des enfants inscrit dans les gènes et qui en plus travaille. La revue Elle définit cette nouvelle norme : moderne, consumériste, maquillée, qui assume une « féminité » que les hommes s‘empresseront de définir à loisir. C’est cette revue dirigée par des hommes qui lança à l’époque de « l’affaire du voile » une pétition « féministe » pour défendre la laïcité. Elle symbole de la lutte féministe ?
Quid de l’égalité femme/homme en France républicaine ? Toutes les enquêtes sérieuses le prouvent, la société française n’est ni égalitaire et encore moins conciliante envers les femmes : victimes de harcèlements sexuels et de violences quotidiennes, sous payées, souvent méprisées, les femmes continuent à subir tandis que d’autres meurent régulièrement sous les coups – d’hommes, faut-il le préciser ? Quid de ce féminisme républicain ? Réactionnaire ?
Nacira Guénif introduit alors la figure du « garçon arabe », personnage mythique qui peuple l’imaginaire du « français ». Pour les tenants du féminisme républicain, ce garçon arabe constituerait la menace n°1, le danger de la république. D’où l’interdiction du voile sensée protéger les filles contre le tyran musulman, ennemi de la culture occidentale. Nacira Guénif dévoile par une féroce dialectique le racisme latent caché sous le vocable du « garçon arabe ». Un racisme contre une population hétéroclite aux milles identités et milles visages dont le défaut est de venir d’un ailleurs. Un ailleurs où la pratique de la religion s’exerce en d’autres termes ; un ailleurs avec d’autres traditions par forcément favorables aux femmes mais pas forcément pire qu’ici. Un ailleurs que beaucoup préfèrent abandonner pour venir s’installer en France pour y trouver confort et sécurité. Un ailleurs où continue de régner des régimes politiques dictatoriaux et patriarcaux extrêmement rigides et durs pour les femmes et les hommes et que la France ne s’est jamais empêchée de soutenir. Rappelant en cela sa politique colonialiste (le viol de femmes algériennes étaient utilisés comme arme stratégique par certains contingents militaires français en Algérie). Mais plutôt que de gratter là où ça fait mal, de chercher à identifier la violence quotidienne d’une société française profondément machiste, il est plus vendeur de défendre une culture occidentale évoluée contre un archaïsme islamiste moyen-âgeux. Contre cette propagande où comme toujours c’est la pauvre fille et le pauvre gars qui ont rien demandé qui se retrouvent sous les coups et les bombes, il est urgent de cerner les véritables enjeux. Enjeux cachés sous une profusion de discours de défiance et de haine qui font se dresser les unes contre les autres des multitudes qui vivent pourtant bien ensemble, pour le meilleur et pour le pire, comme elles peuvent. Le livre de Macé et Souilamas permet d’avancer en ce sens, il déblaye devant la porte.
La Mite.

