Collusion entre pouvoir économique et politique
La revue Agone qui rigole pas oriente son analyse sur la cérémonie d’inauguration de Lille2004, le buffet est offert par le groupe Accor, sponsor officiel. Le discours : Aubry s’étale pour ensuite offrir le micro au PDG de Carrefour. Participation de Carrefour au budget Lille2004 : un million d’euro. Montant de l’indemnité de ce même PDG qui se fera confortablement virer un an plus tard : 35 millions d’euros.
Durant la cérémonie, des perturbateurs et perturbatrices interpellent le Ministre de la Culture de l’époque pour lui dire ce qu’ils pensent de sa réforme de l’assurance chômage de l’intermittence du spectacle. La troupe sera cordialement expulsée par quelques vigiles souriants. Culture oblige. Aucun artiste ni responsable culturel n’est convié à s’exprimer ce jour là. Heureusement reste un public attentionné, sélectionné judicieusement pour son bon goût : standing ovation pour le ministre (un certain J.L. Alliagon qui, une fois viré du gouvernement, sera généreusement accueilli comme conseiller par le milliardaire François Pinault). Le gratin visite ensuite l’expo « Flower Power » financée par une entreprise de vente par correspondance. Il y a aussi l’expo retraçant l’histoire de la voiture, sponsorisée par Renault. On aura remarqué l’écran publicitaire géant de la gare vantant à la fois l’expo Rubens et les bienfaits culinaires de Mac Do. La culture n’est pas mesquine : elle a l’esprit large.
Aubry ne s’est pas trompée : « l’accès à l’émotion, en regardant un tableau, en participant à un concert ou à une fête ensemble, en comprenant votre histoire, peut vous apporter beaucoup plus que d’acheter la dernière paire de Nike ou de regarder le dernier feuilleton télévisé ». Dans ces moments-là, les sponsors avaient la délicatesse de se faire discrets.
Source : Agone n°34 « Domestiquer les masses ».

