Financement privé : produire de la culture à la chaîne
Le sponsoring - ou partenariat - consiste à demander de l’argent aux entreprises pour financer des projets dit « artistiques », « culturels » ou « sociaux ». Quel est le problème ? Pour les défenseurs de ce système de financement, c’est un moyen efficace d’alléger les dépenses publiques et de mettre à disposition les compétences du monde de l’entreprise. Argument facilement contestable : c’est l’impôt qui est le garant de cette redistribution des richesses. L’entreprise a l’obligation – par l’impôt – de verser une partie de ses bénéfices pour assurer la bonne marche des services publics.
Quelle différence entre le sponsoring et l’impôt ? Grâce au sponsoring et contrairement à l’impôt, l’entreprise a la capacité d’orienter, voir de maîtriser les politiques publiques. Lille3000 et Lille2004 en sont les parfaites illustrations : ce n’est plus seulement les représentants du peuple (quoi qu’on pense de leur utilité) qui gèrent l’évènement, mais une coalition où se mêlent la finance internationale et quelques figures politiques aux ambitions douteuses. Dans cette coalition, les financiers n’ont pas le petit rôle. Pour Lille3000, ils financent plus de la moitié de l’évènement et composent une bonne partie du conseil d’administration de l’association qui gère l’évènement. Pourquoi pas ?
En matière de politique culturelle et sociale, l’expérience prouve que les financiers ou les élus ne sont pas les mieux placés, loin s’en faut. Et s’ils peuvent effectivement organiser de grands évènements (du genre Jeux Olympiques ou concert de Johnny), l’investissement et le travail quotidien au niveau d’un quartier ne fera jamais partie de leur mission et de leur compétence. Lille3000 le prouve : les rares tentatives de faire de la culture de « proximité » seront toutes soldées pas des échecs pathétiques.
A chacune et chacun ses méthodes répondront les malignes et les rapides. Aujourd’hui le sponsoring s’impose comme LA méthode incontournable de financement des projets culturels et sociaux. Les associations, les structures culturelles ou les collectifs de quartier qui ne veulent pas participer à ces politiques sont tout simplement exclus des mécanismes de financement. Au delà de la question de la qualité réelle de certaines prestations proposées pas Lille3004, il s’agit de voir que c’est tout un ensemble d’acteurs locaux à qui l’on impose une manière de faire. Une manière en grande partie dictée par des logiques d’entreprise. Faut-il accepter qu’une vie culturelle, artistique et sociale soit rendue conforme à l’idéal que l’entreprise défend ?

