« J’y étais ! »
Je me suis dit : « Lille2004 c’est quoi ce truc encore ? », mais je m’en foutais un peu. C’était il y a deux ans, quand ça tombait du ciel. Finalement, pas moyen d’y échapper, j’ai même été bénévole. Pas « Ambassadeur » avec un beau badge et mon nom écrit dessus, faut pas pousser. Mais participant en tant que comédien à un spectacle de rue déambulatoire. J’ai passé trois jours à me peler le cul dehors, dans un recoin sordide du côté du CHR de Lille, à faire des petites démonstrations de théâtre. Tout ça pour pas un rond. Et j’ai aimé ça en plus. J’aurais bien aimé être payé aussi.
Et puis hop fini ! Tandis que la capitale de la culture s’installe dans une autre ville avec des autres gens qui ont rien demandé, les pantins se rhabillent et les commerces font les comptes. C’est vraiment fini ? Et bien non : sortie d’on ne sait où, la voilà qui nous revient. Attention Dames, Messieurs… roulement de tambour : L’INDE ! Et c’est alors le 2004 qui se transforme en 3000. Si on n’a pas assez de culture avec ça, c’est qu’on est pas normal. L’Inde ? Un pays sous l’emprise d’un capitalisme impitoyable : un ramassis de gros riches qui étranglent toute une économie locale, qui exploite plus d’un demi milliard de crève la faim. L’Inde ? Un système de caste, un des plus dur apartheid social au monde. Mais rassurez-vous, Aubry l’a dit à la télé le soir de l’ouverture : « L’Inde, c’est la plus grande démocratie du monde ». Et puis on ne parle pas politique, on parle culture, c’est pas pareil. Et ne vous inquiétez pas, on ne va pas faire venir les pauvres de l’Inde qui donnent au pays sa force et sa magie, mais juste ceux qui ont beaucoup d’argent, des relations, qui sont célèbres et qui parlent le langage de la culture. Il y a bien quelques Indiens banals qui se retrouvent à Lille, du genre ceux qui font du théâtre de l’Opprimé, mais ils sont là un peu par hasard : leur venue à Lille était déjà programmée.
Et la culture Lille3000, c’est quoi ? C’est par exemple des tissus du futur qui vont changer de température et de forme et de couleur (au Tri Postal). La culture, c’est aussi des gros éléphants en plastique avec des petites lumières qui brillent. C’est beau, j’aime bien. Quand on m’a dit que c’était de la culture, je l’ai pas crû. Il y a aussi des images en trois dimensions (l’Opéra). C’est beau aussi : c’est comme au cinéma, en plus petit et surtout ça coûte beaucoup plus cher et ça raconte rien. La culture décidément c’est compliqué. C’est comme ces deux millions, hommes, femmes et enfants qui ont crû qu’il allait se passer un truc grandiose et qui se sont entassés rue Faidherbe en attendant le grand soir - soir de l’ouverture. Ils ont vu Fusiller et Aubry sur un podium – parait qu’il y avait danseurs et danseuses quelque part, mais où ? Mystère. Heureusement, il y avait aussi le feu d’artifice que tout le monde a loupé.

