La "culture" ?
Le Dico nous dit qu’il y a plusieurs sens au mot « culture ». Le premier : « développer des facultés intellectuelles ». C’est ce qu’on attend de l’école : la culture générale, une certaine connaissance du monde. Le deuxième sens : « Ensemble des aspects intellectuels et artistiques d’une civilisation ». Cette définition était nécessaire à l’époque où les colons européens découvraient le monde et se rendaient compte qu’il y avait ailleurs des sociétés très différentes des leurs. Cette vision contient un peu de vérité : on peut effectivement constater qu’un chinois ne vit pas exactement comme une française. Mais elle est en grande partie fausse. On peut difficilement considérer une civilisation comme un tout homogène : les traditions se croisent, se retrouvent et divergent au sein d’une même communauté, d’un même espace. Les discours présentant la culture comme figée et représentante d’un peuple sont des discours idéologiques. Exemples : la culture « française » est le produit artificiel d’un Etat central et autoritaire qui a dû s’imposer par la force afin d’étouffer la multiplicité des coutumes locales. C’est notamment en prétextant la valeur supérieure d’une culture « occidentale » que la colonisation a pu être justifiée. Il en est de même avec le prétendu « choc des civilisations ».
La notion de culture a dû être revue pour en venir à la troisième définition : « Ensemble des formes acquises de comportements dans les sociétés humaines ». Cette modification a notamment permis de mettre en évidence la « culture de classe » : suivant notre milieu social, les traditions ne seront pas les mêmes. Quoi de commun entre la grande bourgeoisie et les classes populaires lilloises ? Pas grand-chose. Tout ça pour en arriver où ?
Quand Aubry et ses compères parlent de « Culture » avec Lille3000, il s’agit d’une culture qui touche un certain milieu. Ce milieu a des relations, des amis bien placés, un accès aux études supérieures, de l’argent disponible et des soutiens divers. C’est un petit monde qui a l’habitude de fréquenter l’Opéra, le Théâtre du Nord, les lieux culturels chics ou branchés. Pour les autres ? N’est fait que de l’événementiel : des grandes parades, des feux d’artifice, des concerts géants. Or, la culture, ce n’est pas ça. C’est avant tout des gens qui vivent au quotidien avec leurs principes, leurs modes de vie, leurs visions du monde et leurs moyens d’expression : c’est donc ce qui leur appartient, ce qu’ils peuvent définir et ce sur quoi ils peuvent agir. Lille3000 décide de tout et pour tout le monde et n’appartient qu’à une petite minorité d’artistes, de politiques et de financiers qui s’y intéressent pour des questions d’argent, de pouvoir et de carrière.

