“La fête est finie”
Cet ouvrage décrit Lille2004 en tant que symptôme d’un phénomène : la transformation de nos vies et de nos espaces en produits conditionnés, avec sujets domestiqués (nous) collabo d’un pouvoir total – Extrait :
“ Dans une ville à forte composante ouvrière dominait le langage ouvriériste d’un Pierre Mauroy, figure emblématique du PS. Aujourd’hui Martine Aubry nous sert un discours citoyenniste. Le sujet politique a changé : on ne parle plus d’ouvrier ou d’exploité, mais de citoyen. Il n’est plus question de lutte de classes mais de participation citoyenne pour laquelle chacun, chacune doit se mobiliser. Avec les maisons Folie, Lille2004 cache une brutale simplification de son histoire et de sa mémoire collective. Ce relookage d’anciennes usines transforme ce qui a été le théâtre d’un esclavage salarial impitoyable en culture étiquetée populaire.
Devenir capitale européenne de la culture a offert à Lille un alibi pour accélérer la transformation capitaliste de la ville. La société industrielle qui configure la ville jusqu’à la fin du XXe siècle laisse place à une ville de services administratifs, culturels et médiatiques, une ville de transactions financières qui recherche notamment dans la spéculation immobilière et la construction démesurée une rentabilité du capital. A l’image d’Euralille, ma ville se transforme en hypermarché. La ville-entreprise considère l’espace urbain à la fois comme un tissu marchand, un territoire de vente et d’achat, un espace soumis à la production et la distribution de marchandises… et comme une devanture, une réclame. A la suite d’un important travail de marketing, Lille est devenue la marque Lille. La marque Lille n’est pas un produit quelconque qui répondrait simplement à l’offre et à la demande. Lille est une marque moderne. Le consommateur passif ne lui suffit plus car il faisait partie de l’ancien modèle où la communication se réduisait à une simple publicité. A présent il n’est plus seulement la cible de la publicité mais aussi son propre acteur. La nouvelle marque a besoin d’une coopération active de l’ensemble de ses figurants au sein de la ville. Tel un touriste, c’est à toi de construire le monde imaginaire dans lequel tu préfères vivre ; un jour rasta jamaïquain, un autre Japonais électro, pour terminer artiste mexicain... Les consommateurs s’appelleront public.”


