Volem foutr’ eun’ briqu’ din’t télé !
Lu, vu, entendu
Pierre Carles est décidément un affreux jojo. Après avoir exécuté une à une les starlettes de la liberté de ne rien dire à la télé dans Pas vu pas pris, puis dans Enfin pris, ainsi que tout au long de sa contribution à PLPL *, il délaisse (provisoirement ?) les médias du Medef pour lancer une nouvelle salve contre un autre pan du Mur de l’argent : le travail.
Volem rien foutre al Païs sort ce printemps sur nos grands écrans, réjouis d’afficher en ce climat, buccolique s’il en est, une touche de verdure fluo. Pendant qu’on nous prépare une nouvelle ère politique de sermons pro-laborieux, que (tous) les présidentiables nous concoctent des menus afin de mettre tout le monde au boulot, notre reporter et ses complices rechaussent frontalement leur caméra de spéléologues de la glandouille et s’enfoncent un pas de plus dans la dissidence.
Stéphane Goxe et Christophe Coello rejoignent ici encore Pierre Carles et assènent une joyeuse baffe à tous ceux qui pensent que « l’avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt ». Volem est la suite d’un autre document sur l’emploi salarié, sur ses limites et ses alternatives. Mais alors qu’ Attention danger travail s’attaquait aux raisons de quitter le travail pour vivre avec peu, mais libre, Volem rien foutre tente une exploration assez variée des alternatives à la vie marchande, en faisant un reportage lumineux et drôle, d’ailleurs plus fluide, moins paratactique (catalogue) et austère que son aîné. Des villes et des campagnes, des fermes autogérées et leurs énergies autonomes, l’ouverture d’un squat par de jeunes gens dans une Barcelone trop friquée, la réquisition de produits par des groupements ludiques de redistribution des richesses, le documentaire décrit une quinzaine d’expériences personnelles et collectives sur la vie hors du travail, de son salaire, de sa contrainte sociale, de ses cités-dortoirs, et de la consommation.
On est loin de ces programmes politiques libéraux. On est bien plus près d’un temps imaginé par Paul Lafargue dans son Droit à la paresse, que de celui calculé par l’axe Marx-Reagan, et qu’incarnait d’ailleurs très bien Yves Montand il y a 20 ans, chantant à la télé que ’Vive la crise’... en pleine ère Tapie. Yves Montand est mort, il ne joue donc pas dans Volem rien foutre al païs. Et si Denis Kessler ayant succédé à Tapie y tient un rôle, il ne nous convainc pas plus.
Chômeurs, chômeuses, précaires et déserteuses, recalées du turbin et combattants du chagrin, du fond de nos plumards, sourions à Pierre Carles et à ses sbires, de filmer le temps des cerises d’une vie de cocagne : la vie rêvée des gens. Volem foutre ce qu’on veut, al païs et ailleurs.
* Journal satirique fondé en 2000, PLPL s’est spécialisé dans la critique des médias. Il fut notamment créé par P.Carles, S.Halimi, G.Balbastre et P.Rimbert. En octobre 2005, ses rédacteurs arrêtent sa parution pour former un nouveau journal, sorti au mois de mars 2006 : Le Plan B. Il se désigne comme le « bras armé » de l’association universitaire Action-CRItique-MEDias (Acrimed).
Filmographie : Pas vu à la télé (1995) /Pas vu pas pris (1998) / La sociologie est un sport de combat (2001) / Enfin pris (2002) / Attention danger travail (2003) / Ni vieux ni traîtres (2006).
S.L


