Edito
Edito
Lille, jeudi 13 septembre. 200 flics investissent un terrain privé appartenant au Réseau Ferré de France, et occupé par 350 Tziganes venus de Roumanie. Complice, un bulldozer vient finir le travail en rasant les abris de fortune construits par les 60 familles depuis le printemps. Le campement détruit, le groupe s’installe sur un terrain, Porte de Valenciennes, ainsi qu’à Porte d’Arras en bordure de la voie ferrée. Enfants, femmes enceintes, tout le monde dort sous tente, sous bâche, ou dans de vieilles caravanes. Un nouveau-né est déjà mort. Le peu de soutien dans la métropole s’inquiète d’avoir perdu de vue plusieurs groupes et craint les conséquences de l’isolement. L’hiver arrive, les hébergements d’urgence sont saturés et toujours zéro proposition.
500 à 600 Tziganes sont dipersés dans toute la métropole. La tactique du préfet semble être celle du découragement. On informe que tout est en place pour repartir en Roumanie (rapatriement en car), on précise que seules quelques personnes sont « intégrables » et on incite les autres à un départ volontaire (+ d’info ici). Et si tout cela ne suffit pas, M. Canépa sonnera le clairon, annoncera l’ouverture de la chasse aux Rroms et lâchera ses clébards... Réfugiés calaisiens et sans-papiers lillois viennent de tester cette probante formule « républicaine ».
Faire disparaître la pauvreté ? Chassez plutôt les pauvres !
Vous le comprendrez en lisant ces pages, le préfet Canépa nous donne la nausée. Ce technocrate de l’ombre à la botte d’Hortefeux a tout fait cet été pour disperser, emprisonner ou expulser des hommes prêts à arrêter de bouffer pour des papiers. Comme ces Guinéens, opposants et réfugiés politiques, ayant fui leur pays après la répression sanglante de la grève générale de 2006. Depuis quelques mois, le préfet s’active aussi d’arrache-pied pour envoyer les flics déloger des familles avant la trêve hivernale. Et il est très efficace.

Le Nord n’est pas isolé. De Roubaix à Marseille et de Lyon à Bordeaux, le gouvernement tape sur tout ce qui bouge. Il ouvre sa grande gueule raciste et autoritaire sans complexe : un sans-papier, c’est fait pour être expulsé. Un Rrom, c’est fait pour retourner dans son taudis roumain. Un locataire surendetté, c’est fait pour devenir un sans-abri et mendier au Secours Pop’. Un prisonnier, c’est fait pour la fermer et encaisser les coups. Un précaire, c’est fait pour se taper les boulots de merde sans broncher. Le droit de grève, la Sécu, l’assurance chômage, le Code du travail, les services publics d’éducation et de santé, faits pour être démantelés, détruits... La Résistance s’organise : elle a du boulot. Sarkozy et ses sbires enchaînent contre-réformes, rafles et coups de bâton depuis cinq mois. Les mécontents, blasés, écœurés, enragés ou blessés s’additionnent face à l’action anti-sociale menée conjointement par l’Elysée et dans les ministères. Jusqu’au moment où une goutte d’eau fera déborder la marmitte...
L’équipe de rédaction

