Expulsion locatives
Le 16 mars : fin de la trève hivernale. Pour le préfet Canépa, c’est la reprise des recours à la « force publique » afin d’expulser les locataires endettés qui ne peuvent plus faire face aux échéances de leur proprio. Avec les associations du Nord, ils s’inquiètent, mais poursuivent la lutte. Portrait de deux personnes rencontrées à l’APU du Vieux-Lille.
Jérôme, musicien et ancien prof, travaille en ce moment en intérim. Des retards de paiement du rectorat l’ont conduit à contracter de nombreux prêts. Surendetté, il est expulsable de son appartement lillois. L’histoire de Jérôme casse certains clichés et en renforce d’autres. « On imagine souvent les gens dans ma situation comme des gens sans ressources, faut arrêter de se culpabiliser ». Son propriétaire refuse de répondre à ses demandes de recouvrement (via un plan d’apurement et la mise en place d’un Fonds de Solidarité Logement). Pire, cette caricature du proprio véreux, menace Jérôme par téléphone : « jusqu’à cinquante coups de téléphone entre 20 et 23 heures ». Puis met ses menaces à exécution : « Il a saboté les serrures avec de la colle, coupé l’électricité, arraché les fils de téléphone ». Avec quelques ami-e-s et le soutien des APU, Jérôme porte plainte et organise une « intervention pacifique » devant le domicile de son proprio. Reçu au commissariat « comme un criminel », il doute des suites qui seront données à sa plainte : « Un juge s’identifie plus à un propriétaire qu’à un locataire ». Conformément à la procédure, l’huissier est passé pour constater la situation et proposer le déménagement. Il refuse. La prochaine étape c’est le délogement de force. Lors de notre dernière rencontre, Jérôme n’a toujours pas de solution de relogement.
Sabine habite en périphérie de Lille. Avec sa famille elle loue une maison à un bailleur public (SIA). Problèmes familiaux et perte d’emploi, ont entraîné un retard dans le paiement des loyers. Le dossier FSL est refusé car la dette est trop élevée. L’assistante sociale de la mairie oriente Sabine vers l’APU. « Pour moi j’étais à la rue, le 16 mars, avec mes enfants », « j’ai été bien recu par l’APU, on a constitué un dossier ». Présente lors de la rencontre, Maïté, salariée de l’APU, explique l’organisation de l’association : « On aide au niveau des démarches administratives, mais c’est les locataires qui doivent agir, on ne peut rien faire s’ils ne sont pas moteurs du dossier, c’est une stratégie du collectif ». A la suite d’un entretien téléphonique entre Sabine, l’APU, et l’huissier, ce dernier suspend les poursuites. La situation de Sabine va en s’améliorant. La lutte des locataires et des associations continue...
A.D

