Extraits du cahier central "Poésies"

Comme les corsaires. Travaillés des projets, dédiés à l’abordage, espérances en bandoulière. Voilà quelles aventures nos ventres revendiquent à cette heure virile de la nuit. Ce cartouche pourrait suffire à d’autres mains que les nôtres. La sensitive à mon œil consent des accords, avec l’air frais de cette nuit, que je trouve suspects. L’illustration par neuf fleuves fiévreux que ce temps, et le râle qu’il rend contre chaque courant de pensée, débattent d’une nouvelle Table des Lois. Plié, sidéré, l’air toujours frais insinue l’éclair et le rire d’une écorce battue dans la nuit virile.
Bien des fois, quand nous étions solidaires des mains, contraints et noués des bras, c’était déjà ce même goût pour le large, les longues bravades des vents aux flancs chauds des boutres, notre communion. Et dire combien cette table suffit à combler les refrains du daman dans nos maisons. Cette colline, tiens donc, m’énerve à ne pas héberger mon seul nom. Est là l’ombre qui m’éloigne toute peur des dépendances de cette forêt de murmures. Jurer parfois, sevrer la piste meurtrière qui mène à cet homonyme pourra m’importer, jurer parfois pour lui rendre ses silences, il me faudra pour cela atteindre le jour turbulent. Traverser comme un vestibule de flammes cette nuit pourtant fraîche pour un jour indocile au bout. Celui qui étouffe les signes du brouillard dès l’aube. Le batteur affolé de l’orchestre sylvestre. Le jour dans la grotte, la maternelle de six lignées de braves criquets : mes ancêtres mangeurs de manioc ; et comme l’algue accueille en eaux le crapaud, l’écoulement rustique de trois heures pour un soleil bavard, un soleil pas du tout discret, un soleil tout à fait profane. Subito contre eux, mes mangeurs d’ancêtres, la détente réflexe d’un discours de sauvageon. L’assaut donné de pirates plus vulgaires encore que les corsaires. Disent-ils, le manioc a fini d’être aimé de tous. Disent-ils, à eux d’être aimés surtout. Des corsaires. Non, des coupeurs de lianes, ceux-là. Affamés. Jeux de corps animant des cicatrices larges aux torses, laissées là par des lames mariées aux feux d’okoumé. Ils avanceront tant que celles-ci n’auront de rythmes pour eux que les rythmes contraires de l’effort, du devoir. La douleur des tatouages s’effaçant devant d’autres menées, cent fois plus alertes. Le plaisir de lire la douleur, par exemple, parmi ces autres menées, plutôt que la subir.
Ada BESSOMO

