A Arras, le collectif Popu lasse pour une culture pas chère et sans pesticide
Chronique de lutte
C’est avec ce titre provoc’ qu’on a vu fleurir, en juin, d’étranges affiches sur les murs arrageois : elles appellent à l’ouverture d’un lieu culturel autogéré et indépendant. A l’origine : La Populasse, collectif qui regroupe, d’après Bulle, « des circassiens*, des associatifs, des étudiants, des musiciens, des salariés et des chômeurs ».
« Le noyau dur est de quinze personnes » [1] souligne Nico, son acolyte. Cinq réunions ont déjà rassemblé une soixantaine de « contestataires », selon le mot de l’adjoint à la culture François-Xavier Muylaert. Fâché, l’édile appelle Bulle qui a laissé son numéro sur les affiches. À l’image des RG avant lui, il veut en savoir plus sur ceux qui osent toiser la « vision culturelle, patrimoniale et historique » de la mairie MoDem d’Arras.
Arrrâââsss, ton univers impitoyâââble
Pour Bulle, la question est de savoir « qu’est-ce qu’on met derrière le mot « culture » ? À Arras, on manque de lieux de première scène [pour les groupes débutants]. Tu ne peux pas sortir en dehors du théâtre et d’autres lieux élitistes. En gros, c’est pour les bobos ou ceux qui ont du pognon. ». La ville a bien connu des lieux « alternatifs » : « La Nouvelle Commune », espace de débats et de lutte, « Akozal », petite salle « à la cool » ou encore les Tontons Flingueurs (une péniche à concerts). Mais tous ont périclité. D’où l’idée de monter ce collectif.
Pour (y) faire quoi ?
Les envies sont hétéroclites : « Arras est une petite ville, où l’on se réunit plus difficilement sur des bases strictement ’’affinitaires’’ » constate Nico. Pour Rémi, musicien, c’est avant tout « l’idée de monter une maison d’artistes libres. » Nathanaël, éducateur, parle d’un lieu « ouvert à tous, pluridisciplinaire, où le matin tu peux faire une banderole, l’après-midi fabriquer du pain et voir des concerts après la manif’. » Avec pour modèle le Centre culturel libertaire de Lille ou les Pavillons sauvages [2] à Toulouse. Bulle, de son côté, va jusqu’à évoquer « une sorte de divertissement instructif, un lieu citoyen et solidaire ». Je m’étouffe. Et lui de préciser son opinion : les citoyens sont « des gens qui ne font pas partie de syndicats ou de partis, mais qui créent. » Nico est plus mesuré : « c’est juste un collectif informel qui essaye d’être sans hiérarchie avec des pratiques d’autogestion. » Sans texte fondateur, on se contentera de leurs désirs mélangés d’un lieu culturel, citoyen et pluridisciplinaire, autogestionnaire et non hiérarchique.

Vivre ou mourir d’ennui à Arras
Selon Nico, « il n’y a pas grand-chose à faire depuis longtemps. La mairie est gérée par certaines classes sociales. Organiser un concert est problématique. » Entre l’usuelle charte de la vie nocturne et les flics qui déboulent dès qu’un riff de guitare se fait trop entendre, les initiatives se tarissent. Nos compères se méfient de la municipalité : « Ce genre de mairie est dans un consensus mou : très peu d’opposition mais rien ne se passe. » Question « culture », le pouvoir local sait pourtant y faire. D’un côté Muylaert, président de l’association « Beffrois et patrimoine », qui fait du lobbying régional à l’UNESCO. De l’autre, Jean-Marie Vanlerenberghe, maire et ponte du MoDem, qui s’enorgueillit à ces trois mots : Main-Square-Festival [3], usine à fric pour amateurs de têtes d’affiche. « J’ai réveillé Arras ! » clame-t-il partout. A 149 euros le pass : les têtes de gondole de la culture marchande sont bien là.
Squatter, louer, toucher une subvention ?
Si l’idée d’une collaboration avec la mairie effraie autant qu’elle révulse, il reste à trouver un lieu. « Pour squatter, il faudrait être nombreux. L’idée de location est possible avec celle d’une coopérative », soutient Bulle. Rémi, lui, imagine un endroit « repris d’un bâtiment abandonné. » Très souvent, des groupes de complices arpentent les quartiers pour repérer des lieux « occupables ». Leurs « explorations urbaines » (cf. photo) montrent combien Arras regorge d’immeubles à l’abandon et de friches : « Tu arpentes les rues, et tu te dis...merde, ici, on pourrait faire ci, là, on pourrait faire ça... Au final, [...] ça te fait quand même bien cogiter sur des questions comme la place des gens dans la ville, l’espace public, l’espace privé, comment la ville organise nos vies, comment nos vies s’organisent dans la ville... [4] C.G
* Non il ne s’agit pas de ressortissants du Caucase, mais d’artistes proches du cirque.
NDLR : depuis notre article de novembre 2009, les choses avancent petit à petit.
Notes
[1] Emission de radio « Avis à la populasse », diffusée et téléchargeable sur www.radiopfm.com.
[2] Centre culturel réquisitionné qui se veut aussi écologique, social et solidaire.
[3] Lire CQFD, N°66, « Live Nation, Le monopole de la joie ».

