Brèves : Tout est sous contrôle

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Les violences policières, des accidents ?

Le 15 décembre dernier, dans le quartier de Lille Fives, en début de soirée, quatre amis, Selom, Matisse, Aurélien et Ashraf se trouvent à l’entrée de la cité Saint Maurice à Fives. Vers 21h, une patrouille de la Brigade spécialisée de terrain débarque, matraques à la main. Les jeunes prennent la fuite, escaladent un mur donnant sur les voies, et se font happer par un TER. Sélom, 20 ans, et Matisse, 18 ans, vont succomber à leurs blessures. Ashraf et Aurélien sont grièvement blessés. Alors que dans le dernier numéro de La Brique, deux papiers visaient à démonter la version pro-flic’ de La Voix du Nord, la SNCF semble prendre le même chemin. En effet, en mars dernier, France 3 révèle la démarche de prévention des accidents de la SNCF, indiquant : « Après l’accident entre 4 jeunes et un TER, à Lille, en décembre, la SNCF a lancé lundi une campagne afin de mettre en garde les jeunes contre le "danger absolu" des intrusions sur les rails, une des principales causes de mortalité sur le réseau ferré ». On note que les flics sont absents de l’équation. Pour leur campagne de prévention, on apprend que la SNCF diffuse sur les réseaux sociaux un clip intitulé Ne devenez pas le cauchemar d’un autre. Ce spot, reprenant les codes du film d’horreur, met en scène le témoin d’un de ces accidents, qui revit dans ses cauchemars le choc, le bruit, les flammes. Parallèlement, « une camionnette sillonnera la France pendant deux ans pour sensibiliser des lycéens à ces risques liés aux "intrusions", au sein d’établissements scolaires mais aussi de festivals comme Solidays. » Et une campagne pour la prévention des violences policières, ils y ont pensé ?

Pour aller plus loin sur le traitement médiatique des violences policières, vous pouvez, sur notre site, écouter l’émission de radio Campus consacrée à Selom et Matisse : Selom, Matisse, Fives : Un maximum de bruit – Témoignages.

 

Fives : quartier prioritaire, quartier en guerre

Alors que Fives est occupé par la police depuis des mois et que le quartier a été choisi comme zone d'expérimentation de la « police de sécurité du quotidien », on apprend qu'une nouvelle « force de réponse immédiate » y fait ses armes. La Voix du Nord et France 3 Région se sont fait un malin plaisir d'annoncer « l'interpellation de huit individus, dont quatre mineurs » pour « des faits d'acquisition, transport, détention, emploi, offre et cession de produits stupéfiants », et de vanter les mérites de cette nouvelle « force ».

Une manière pour la presse régionale de continuer à faire de Fives un quartier « en guerre ». Et pour Martine Aubry de se gargariser de l'augmentation des forces de police. En effet, dans Capital, on apprend le contenu de la lettre envoyée par la maire de Lille à Gérard Collomb, ministre de l'intérieur : « Les quartiers de Lille Fives et Moulins, surtout Porte d'Arras, sont gangrenés par les trafics de stupéfiants. (...) De quelques points de deal il y a dix ans, la ville est devenue une véritable plaque tournante en raison de la proximité des frontières belge et néerlandaise. La drogue y est transformée, conditionnée et réexpédiée sur tout le territoire national ».

Encore une manière de justifier l'occupation policière à Fives ?

Le Nord, champion de la fouille de sacs 

En avril, Médiacités révèle que le « périmètre de protection », issu de l'état d'urgence, qui autorise des fouilles à l'entrée d'un espace public, est devenu monnaie courante dans le Nord. Exceptionnel dans le Pas-de-Calais et en Picardie ou encore en Ile-de-France, le Nord « concentre 40% de la totalité des arrêtés pris en France sur le sujet, soit 31 arrêtés sur les 76 mis en œuvre ou renouvelés depuis l'adoption de la loi il y a six mois ».

Ce dispositif permet des fouilles à l'entrée des grands magasins, des lieux culturels, des grands évènements et même des universités publiques, comme Lille 2. Malgré une efficacité contestée, son recours se multiplie en France.

Mais pourquoi le Nord est-il autant concerné par le dispositif ? 

Selon Médiacités, le préfet du NordMichel Lalande verrait dans le déploiement du dispositif un moyen de faire du chiffre, d'objectiver son action... et une manière de répondre aux attentes de Gérard Collomb, fan des dispositifs liberticides. C'est que Michel Lalande est un ancien du cabinet de Bernard Cazeneuve, quand celui-ci était ministre de l'intérieur.

Ou comment les libertés individuelles sont sacrifiées sur l'hôtel d'un préfet zélé qui se prend pour le premier flic de France.

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Elle fait quoi la convergence ? Elle lutte  !

On ne met pas tous les CGTistes dans la même chasuble ! 

Non loin de l'Apple Store, ça commence à chauffer avec les keufs pendant la manif' du 19 avril. Sous les lacrymos ambiants, plusieurs camarades retirent leurs couleurs syndicales pour rejoindre le cortège des autonomes. Soudain, une grenade éclate entre les deux cortèges.

Perchée sur son camion-plateau, la hiérarchie cherche à dénoncer les « casseur.ses » et à contrôler les troupes, mais rien n’y fait, ça s’engueule dans les rangs. Certain.es les envoient chier ouvertement prouvant au passage qu’au-delà des étiquettes, une alliance rouge et noire est possible. La possibilité de cette fraternisation est d’ailleurs l’objet d’un clivage en interne du syndicat.

Si l’option fait débat, l'union des forces permet de mettre les flics en déroute : le 19 avril, les poulets quittent la rue Faidherbe sous la convergence des jets de cannettes des syndiqué.es et des autonomes.

Aubry ne peut pas se voir en affiche

Dernièrement, Martine Aubry redouble d'effort pour faire de Lille une terre radieuse et verdoyante : la lutte contre les crottes de chien, les mégots de cigarette... mais aussi contre l'affichage sauvage. Ainsi, depuis le 1er janvier, les amendes passent de 12 euros par affiche en 2017, à 15 euros, ainsi qu'un forfait de 90 euros par intervention. 

L'affichage sauvage, notamment d'affiches militantes est un mode d'expression politique comme un autre. À vouloir les sanctionner, Martine Aubry est-elle vraiment Charlie ?

La Voix du Nord et l'insécurité sondagière

Depuis avril, le nombre de médiateurs.trices intervenant dans le métro de Lille a diminué, passant de 350 à 120. Soit plus de 150 salarié.es sur le carreau. Pour les remplacer ? La Métropole européenne de Lille (MEL) n'a rien trouvé de mieux que de créer son propre Service Interne de Sécurité (SIS), comprenant 120 agent.es issu.es de boîtes privées (Securitas et ABK). Plus d'agents de sécurité pour répondre, selon Transpole, à une insécurité galopante. Pour Damien Castelain, président de la MEL, « ce virage sécuritaire (sic) vise à mieux rassurer les voyageurs, notamment dans le métro après 20 heures ». 

Quoi, les gens ne seraient pas tous devant le JT de TF1 ?

Pour assurer le service après-vente et justifier le recours aux agents de sécurité, La Voix du Nord a mis la main sur un document « exclusif » - sans doute obtenu dans un sombre parking - concernant l'augmentation du sentiment d'insécurité dans les transports en commun. L'étude a été réalisée par Transpole, et indique que... les gens se sentent en sécurité pour 84,3%. Soit plus qu'en 2014, puisque le taux s’élevait alors à 77,9%.

Alors pourquoi des agents de sécurité ? Pour les « cas de figure les plus anxiogènes, le soir après 20 heures, seul(e) dans une rame ou un bus, les endroits sales, les altercations et les attroupements ». Evidemment, les stations visées se trouvent dans les quartiers populaires - Porte-des-Postes en tête - dont la réputation suffit à justifier un recours aux agents de sécurité. 

Réalisée sur un échantillonnon représentatifde 800 usager.es, l'enquête vise à approuver le recours à la vidéosurveillance. « 53,6%, c'est le pourcentage d'usagers estimant que la vidéosurveillance dissuade les fauteurs de trouble ». 

Le sentiment que Transpole, la MEL et La Voix du Nord nous prennent pour des quiches, lui, est insondable.

Attentat terroriste contre deux vitrines : une vraie boucherie

Dans la nuit du 14 au 15 mai, une boucherie située rue Esquermoise a subi un attentat d'une ampleur inégalée. BFM, 20 Minutes, La Voix du Nord ou encore Martine Aubry étaient sur le coup. En effet, au petit matin, les propriétaires des lieux ont découvert... « une vitrine cassée » ! Les propriétaires de la boucherie s'indignent : « L’angoisse que j'ai tous les matins, c'est d'avoir la vitrine abîmée ». Sur la devanture, on y lit : « Stop au spécisme ». 

Malins, les propriétaires déclarent : « on en a vite déduit que c'était un groupe vegan, vu les éléments inscrits sur la façade et le mode opératoire ». Elémentaire, mon cher Sanzot. Dans le même temps, Martine Aubry a réagi, faisant part de sa « consternation » et indique que la mairie allait « se constituer partie civile ». Pour la maire de Lille, « rien ne justifie de tels actes de violence ». 

Quelques jours plus tard, c'est une poissonnerie qui est visée. Il n'en fallait pas plus à RTL pour parler d'un « gang de vegans », soit, selon la propriétaire des lieux : « un groupe de gens aux allures de casseurs, avec des capuches, gantés, habillés en noir, [qui] lance des pavés ». 

Une nouvelle menace plane sur la ville et elle mange du tofu. 

Dessin par B.P.

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